
Quarante kilos de résine moulée, posés au milieu d'un plancher centenaire qui grince à chaque pas : voilà, concrètement, ce qu'est un receveur de douche extra-plat avant qu'on réussisse à le faire disparaître dans le sol.
On a fini par le poser, ce bloc de résine, au bout d'un chantier mené à deux avec mon frère, dans l'appartement qu'on retape en colocation à Saint-Étienne. Le résultat est beau, le sol semble flotter sous la douche — pas mal pour deux amateurs de plomberie en pleine rénovation de salle de bain. Mais si une copine me demandait aujourd'hui quel modèle choisir pour une salle de bain de colocation, je lui conseillerais plutôt l'inverse : un bac classique, surélevé sur des pieds réglables, qu'on peut ouvrir en dix minutes le jour où ça fuit. Les deux options partent du même plancher ancien et du même besoin — une salle d'eau par chambre — mais elles n'arrivent pas du tout au même endroit une fois les clés données aux premiers locataires.
Deux façons de poser un receveur dans un appartement centenaire
Pourquoi l'extra-plat fait autant envie ? Avec une épaisseur d'environ 3 cm, un receveur en résine se fond presque dans le carrelage et agrandit visuellement une petite pièce. C'est devenu le standard de la douche à l'italienne, celui que tous les catalogues mettent en avant. Dans un immeuble de rapport du début du siècle dernier, avec ses planchers en bois et ses solives qu'on ne voit jamais sur un plan, ce standard industriel devient un casse-tête. Comme chaque chambre de la colocation a sa propre salle d'eau, ce choix allait de toute façon se répéter plusieurs fois dans l'appartement, alors autant le faire une fois correctement.
Entre deux lignes de paie au bureau et les soirées passées à quatre pattes sur ce chantier, on jongle comme on peut avec le temps — l'organisation d'un chantier mené en parallèle d'un emploi à plein temps reste, pour moi, le point le plus fatigant de toute la rénovation, plus encore que la technique elle-même.
Le sol ancien ne pardonne pas l'à-peu-près
Sous les plinthes, le charme du parquet qui grince cache une tout autre histoire. On a découvert que le remplissage entre les solives n'était pas du sable ni du plâtre, mais du mâchefer, ce résidu poussiéreux et léger des anciennes chaudières. Ça isole un peu, mais ça se creuse comme de la craie sèche, et on finit couvert d'une poussière grise qui colle aux bras et rentre partout. Les solives, bien sûr, ne tombaient pas du tout là où on l'espérait pour laisser passer l'évacuation.

Mon frère voulait décaisser une solive, ce qui ressemblait à un sacrilège structurel. Moi, je hurlais qu'on allait finir chez le voisin du dessous. On a dû ruser, passer des heures accroupis avec le niveau à la main, à vérifier chaque mesure au millimètre pendant ce qui m'a semblé durer une éternité — je ne suis pas du bâtiment, je passe mes journées à faire de la paie, alors mon dos m'a vite rappelé que le terrassement d'une salle de bain n'est pas fait pour moi. On a aussi fini par appeler un plombier, juste pour qu'il valide notre plan avant qu'on colle quoi que ce soit ; cette relation avec les artisans qu'on consulte au coup par coup, sans jamais vraiment les avoir sous la main au quotidien, reste l'un des aspects les plus flous de tout le chantier.
Pourquoi une bonde de 90 mm change toute l'équation ?
Pour un receveur extra-plat, l'évacuation ne pardonne rien. Le standard pour ces modèles, c'est une bonde grand débit de 90 mm de diamètre — logique, puisqu'un receveur sans rebord doit aspirer l'eau presque instantanément, sous peine d'inondation chez le voisin de chambre. Sauf que 90 mm, dans un plancher étroit, c'est énorme, surtout quand il ne reste que 10 cm de profondeur sous le niveau du sol fini pour caser le tuyau, le coude et la pente d'évacuation. Cette pente, minime mais non négociable, nous a fait perdre de précieux millimètres dans une marge déjà beaucoup trop juste.
On a joué avec les coudes de PVC pour trouver le chemin le plus court vers la colonne d'évacuation générale, un vrai jeu de Tetris, mais avec des tuyaux sales et de la colle qui prend en trente secondes. Comme pour tout carrelage, la préparation du support — niveler, combler, stabiliser — a fini par compter autant que la pose elle-même ; on a utilisé un mortier léger pour rattraper les creux laissés par le mâchefer et donner au receveur une assise qui ne bouge pas, lui qui peut se fendre s'il n'est pas soutenu sur toute sa surface.

L'étanchéité dans une salle de bain, ce n'est pas qu'une question de joint silicone
Dans notre tête, l'étanchéité d'une salle de bain se limitait au joint de silicone autour du receveur. On s'est trompés. Ce qui compte, c'est que la protection contre l'eau soit continue — à la jonction entre le sol et le mur, autour de la bonde, sous le carrelage — sans le moindre point faible où l'humidité pourrait s'infiltrer vers le plancher ou, pire, vers le plafond du voisin du dessous. Avant de poser le receveur définitif, on a versé un seau d'eau entier dans la bonde, juste pour vérifier qu'aucune goutte ne perlait sous le raccord. Cette peur viscérale que l'eau s'infiltre lentement, sans qu'on la voie, c'est le stress permanent du rénovateur amateur.
Le silicone ne pardonne pas l'improvisation, mais il n'est que la dernière couche visible d'un système qui doit déjà être étanche en dessous. C'est salissant, c'est physique, et on a fini la journée avec les mains rêches comme du papier de verre — à ce stade, j'aurais presque préféré peindre un radiateur en fonte, nettement moins physique.
Le receveur classique sur pieds réglables : l'option qu'on n'a pas choisie
Il existe une autre manière de faire, plus simple sur le papier : un bac classique, surélevé d'une dizaine de centimètres, posé sur des pieds réglables plutôt qu'encastré dans le plancher. Pas besoin de décaisser une solive, pas de pente à loger dans dix centimètres, pas de mortier à couler autour du mâchefer. En cas de fuite, on démonte le tablier, on accède à la bonde, et on répare en dix minutes. Avec notre receveur extra-plat scellé dans le mortier et recouvert de carrelage, la moindre fuite future nous obligera à tout casser.
C'est encore ce vieux dilemme entre restaurer l'existant et tout remplacer à neuf qui revient, comme à chaque pièce de cet appartement — sauf qu'ici, la question n'est pas esthétique mais pratique. Le budget travaux a aussi pesé dans la balance, même si je préfère rester vague sur les chiffres exacts : un bac surélevé coûte en général moins de main-d'œuvre à poser qu'un sol entièrement recreusé. La salle d'eau donne par ailleurs directement sur une chambre, et on avait déjà dû penser à l'isolation phonique entre les deux avant de refermer les cloisons — un détail qui, avec le temps, aurait peut-être dû peser davantage dans le choix du receveur.
Que se passe-t-il le jour où une fuite apparaît ?
Là, les deux options se séparent vraiment. Pour un investissement locatif qu'on ne surveille pas tous les jours, la maintenance devrait presque toujours passer avant l'esthétique pure. Je choisirais l'extra-plat pour une salle de bain qu'on habite soi-même, où on peut surveiller le moindre signe d'humidité au jour le jour. Je choisirais plutôt le receveur classique sur pieds réglables pour toute salle d'eau destinée aux colocataires, parce qu'un bouchon de cheveux ou un joint vieillissant finit toujours par arriver, et qu'on n'est pas sur place pour s'en apercevoir à temps.

Nos premiers locataires n'auront pas à s'en soucier puisque celle-ci est déjà posée et scellée, mais nous, si. Au quotidien, une fois la colocation remplie, ce genre de détail pèse sur la gestion locative bien plus qu'on ne l'imagine avant de s'y lancer — un robinet qui goutte à trois heures du matin, ça ne prévient pas.
Les placards du couloir, maintenant, s'ouvrent sans qu'on craigne de voir une latte tomber au réveil — un détail idiot, mais qui change tout au quotidien, bien plus que n'importe quel carrelage neuf. Dans ce même couloir, la peinture bon marché qu'on avait achetée pour aller vite s'écaille déjà par endroits : visiblement, économiser sur les matériaux n'est pas toujours la bonne idée, même quand l'envie d'avancer vite est plus forte que la raison.
Une copine qui suit des cours de poterie au quartier des Facultés nous demandait, un soir, si on n'était pas un peu fous de creuser un plancher centenaire pour une simple histoire de pente d'évacuation. Peut-être. On a quand même dû faire un aller-retour jusqu'au magasin de bricolage près de la Place Jean Jaurès pour un raccord qui manquait, ce qui n'a rien arrangé à notre moral ce jour-là. Si vous êtes à l'étape suivante, mes étapes pour poser de la faïence murale prennent le relais une fois le receveur posé.
Deux ans après avoir commencé à retaper cet appartement, je reste une non-experte complète en plomberie, et c'est précisément pour ça que je raconte ce choix avec autant de détails : pour qu'une autre personne qui se lance puisse peser le pour et le contre avant de couler le mortier, pas après. Si l'humidité est déjà un problème avant même de commencer des travaux comme celui-ci, mieux vaut s'en occuper tout de suite : j'avais raconté ailleurs comment installer une vmc dans un appartement ancien peut sauver des murs qu'on croyait condamnés. Choisissez l'extra-plat si vous habitez les lieux et pouvez garder un œil sur chaque signe d'humidité ; choisissez le classique sur pieds réglables si d'autres que vous vont utiliser cette douche sans vous prévenir du premier souci. Le "beau" c'est bien, le "réparable" c'est mieux, et ce n'est qu'après avoir tout recouvert de carrelage qu'on comprend vraiment pourquoi.
Tout ce que je partage ici provient de mon vécu et de mes recherches personnelles. Cela ne constitue en aucun cas un conseil médical, financier ou juridique. Parlez-en à un professionnel qualifié avant d'agir sur la base de ce que vous lisez ici.