Comment j'ai appris à calculer la rentabilité colocation sans être experte

Carnet de chantier ouvert sur un calcul de rentabilité colocation à Saint-Étienne, projet d'investissement immobilier en LMNP

Combien rapporte vraiment une chambre de colocation, une fois enlevés la taxe foncière, l'assurance, les mois où elle reste vide et ce fameux statut LMNP dont tout le monde parle sans jamais vraiment l'expliquer ? Je n'ai pas de réponse toute faite à vous donner ici, et c'est bien tout le problème : la rentabilité d'une colocation ne se calcule pas comme celle d'un studio loué à une seule personne, et la plupart des tableurs qu'on trouve en ligne l'ignorent complètement.

En toute transparence : certains liens plus bas dans ce carnet sont des liens affiliés, et si vous achetez via l'un d'eux, je touche une commission sans que le prix change pour vous.

Je passe mes journées à aligner des colonnes de paie pour une entreprise entière, et pourtant, avec mon frère, dès qu'il s'agit d'aligner les nôtres sur ce projet de colocation vers une forme de liberté financière, on bafouille tous les deux. On sait démonter une cloison ou choisir une teinte de vert sans se disputer plus de dix minutes, mais pas ça.

Le calcul de rentabilité colocation qu'on efface trop vite

Au début, avec mon frère, on voyait ça très simplement : on achète à Saint-Étienne, en partie parce que le prix au mètre carré y reste raisonnable même s'il varie beaucoup d'un quartier à l'autre, on additionne les loyers, on soustrait le crédit, et la différence nous appartient. On oubliait la moitié de la vraie vie : la taxe foncière qui pique, l'assurance propriétaire non occupant, les charges de copropriété qui grimpent, et surtout le coût des imprévus dans un immeuble qui a vu passer plusieurs décennies.

Le deuxième malentendu concerne la vacance locative. En colocation, ce n'est pas tout l'appartement qui se vide d'un coup, c'est une chambre après l'autre, ce qui change complètement la façon de provisionner les mois creux. La façon dont les chambres ont été découpées au départ joue aussi là-dedans, mais c'est une question de plan et de cloisons que je laisse de côté ici.

Le montant qu'on emprunte et la durée du prêt déplacent le cash-flow bien plus que deux points de rendement brut, et c'est souvent la première variable qu'on néglige en se focalisant sur le prix d'achat.

Gros plan d'un carnet de notes de chantier couvert de poussière de plâtre, avec des calculs de rentabilité colocation griffonnés à la main

Sortir des calculs de coin de table

Pour sortir de l'à-peu-près, je suis allée voir ce qui existait déjà plutôt que de réinventer un tableur depuis zéro. La méthode Financièrement libre grâce à la colocation m'a servi de squelette parce qu'elle est pensée pour la colocation et pas pour un studio classique, avec un vrai retour de terrain plutôt qu'un discours de gourou en costume. Ce n'est pas donné, et certains modules dépassent largement le stade où on en est, mais le cadre pièce par pièce, chambre par chambre, m'a évité de recompter dix fois la même chose.

La relation avec les artisans pèse aussi lourd dans la note finale que n'importe quelle ligne de tableur, mais c'est tout un sujet à part. Ce qui nous a vraiment coûté du temps, c'est un kit de plomberie commandé en ligne, censé s'adapter à toutes les configurations, qui s'est révélé incompatible avec les tuyaux d'origine de l'immeuble, nécessitant de tout renvoyer et reprendre la recherche à zéro.

Le statut LMNP et le choix entre régime micro et régime réel pèsent aussi dans la balance, mais c'est un sujet assez dense pour mériter son propre carnet plutôt qu'un paragraphe glissé ici. C'est surtout un sujet à vérifier avec un comptable plutôt que sur un blog de chantier. Le budget travaux, lui, cache des trous qu'on ne découvre qu'une fois les murs ouverts, comme je le raconte du côté de la rénovation d'une cuisine ancienne à petit budget.

Ordinateur portable affichant un tableau de calcul de rentabilité colocation LMNP, posé sur une caisse en bois de chantier

Repenser la stabilité plutôt que de la viser à tout prix

Un mur qui isole mal le son entre deux chambres peut coûter plus cher en rotation de locataires qu'un loyer légèrement sous le prix du marché, et pourtant personne ne met de ligne "isolation phonique" dans son prévisionnel. L'humidité et la ventilation d'un appartement ancien méritent la même vigilance, parce qu'un problème mal traité là revient toujours, sous une forme ou une autre, dans les charges ou dans les plaintes des colocataires. En colocation les charges sont souvent au forfait : chaque euro de chauffage en trop sort de notre poche, pas de celle des locataires, ce qui change la façon dont je regarde une fenêtre qui ferme mal. La préparation des murs avant peinture ou pose de revêtement est un autre poste qu'on sous-estime, tout comme l'intérêt d'avancer pièce par pièce plutôt que de tout ouvrir en même temps, ce qui étale la trésorerie au lieu de l'assommer d'un coup.

On nous répète qu'un bon locataire est un locataire qui reste dix ans. En colocation, ça se discute. Une rotation un peu plus fréquente — des étudiants ou de jeunes actifs qui restent une ou deux saisons — permet de remettre l'appartement au goût du jour plus souvent et d'ajuster les loyers sans être bloqué par un bail interminable. Mon frère s'inquiète encore du renouvellement des chambres ; moi, j'y vois surtout un mécanisme qu'on peut intégrer au calcul plutôt que de le subir.

La rentabilité, pour moi, n'est plus un chiffre qu'on affiche fièrement : c'est une marge de sécurité, celle qui permet de dormir tranquille quand le chauffe-eau finira par lâcher ou qu'une chambre reste vide un mois entre deux baux. Trouver les premiers locataires et choisir la bonne formule de bail a été tout un sujet pour nous, et j'ai fini par trouver des réponses claires sur le bail de colocation individuel ou solidaire, ce qui a stabilisé nos prévisions de revenus. La gestion du quotidien, une fois les clés remises, absorbe elle aussi du temps qu'on oublie souvent de compter dans la rentabilité réelle du projet.

Pauline et son frère discutant des plans de rénovation colocation devant un mur en cours de peinture à Saint-Étienne

La confiance est revenue avant les certitudes chiffrées

C'est en reposant mes outils après avoir fini de poser de la faïence murale dans la salle de bain que j'ai rouvert le fichier Excel, sans révélation particulière, juste parce que la pièce était calme et que j'avais enfin dix minutes devant moi.

En reprenant les outils de la méthode colocation-liberte, j'ai pu simuler plusieurs scénarios sans craindre de casser une formule, et voir tout de suite ce qu'il restait une fois la taxe foncière, les charges et les imprévus sortis du calcul. On a même commencé à regarder du côté de L'ascension pour la suite, parce qu'une fois qu'on tient la logique pour un appartement, on a forcément envie de voir plus large, sans savoir encore si on ira jusque-là.

Ce matin encore, j'ai ouvert les portes de l'armoire encastrée du couloir sans retenir mon souffle, un geste tout bête qui s'accompagnait autrefois d'une grimace, le temps de vérifier qu'aucune mauvaise surprise ne s'était invitée pendant la nuit. Ça n'a l'air de rien, mais ça change la façon dont on habite un chantier.

Ma voisine du dessous passe ses samedis matin à installer ses pots de confiture sur les tables du marché de la place Jean Jaurès, et quand je lui ai raconté mes histoires de tableur, elle m'a répondu qu'elle n'avait jamais vraiment calculé la rentabilité de ses confitures non plus : elle vend, elle réinvestit dans les fruits de la semaine suivante, et ça lui suffit. Nous, on n'a pas ce luxe-là : il y a un crédit derrière chaque chambre.

Si vous démarrez un projet de colocation, la règle que je retiens est simple : ne calculez jamais la rentabilité chambre par chambre sans soustraire d'abord tout ce qui touche à l'appartement entier — taxe foncière, assurance, charges, imprévus — puis provisionnez la vacance par chambre plutôt que par logement entier. Le reste, LMNP, choix du bail, isolation ou ventilation, mérite d'être creusé à part, mais cette base-là change déjà tout ce qu'on lit sur une annonce. Si calculer tout ça à la main vous angoisse autant que moi au début, la méthode Financièrement libre grâce à la colocation reste ce qui nous a vraiment aidés à transformer un chaos de chiffres stéphanois en un projet qui tient debout, pas parfait, mais qui tient debout.

Veuillez noter :
Tout ce que je partage ici provient de mon vécu et de mes recherches personnelles. Cela ne constitue en aucun cas un conseil médical, financier ou juridique. Parlez-en à un professionnel qualifié avant d'agir sur la base de ce que vous lisez ici.